Tribune : Najiba et quelques autres

Un texte publié sur le site participatif du Nouvel Observateur Le Plus et MPCT

1) http://leplus.nouvelobs.com/contribution/594280-video-d-une-afghane-tuee-en-public-le-danger-de-la-resignation-face-aux-talibans.html

2) http://www.mpctasso.org/spip.php?article1040

- Najiba. On ne connaîtra sans doute jamais son visage mais on connaît son prénom, depuis qu’elle est morte, assassinée par son mari, à une centaine de kilomètres de Kaboul. Un assassinat sanctifié au nom de la charia, exécution sommaire sans procès ni condamnation.

« Elle n’a pas été vue dans le village pendant environ un mois …mais heureusement, les moudjahidines l’ont attrapée. Nous ne pouvons lui pardonner. Dieu nous dit d’en terminer avec elle. Juma Khan, son mari, a le droit de la tuer. », a déclaré le “juge”.

Une fois Najiba morte, criblée de balles, les témoins, tous masculins, de la scène lancèrent « Allah Akbar » et autres louanges, avec la satisfaction du devoir accompli.

- La vidéo de la mise à mort de cette jeune Afghane de 22 ans accusée d’adultère a fait le tour du monde. Dans la rencontre entre la barbarie archaïque et la technologie ultra-moderne réside une des particularités de notre temps qui assure la diffusion rapide et massive d’images atroces.

Celles-ci n’ont pas indigné outre mesure, comme si on s’était résigné à ce que l’Afghanistan ne puisse finalement s’arracher au joug des talibans. Et en effet, après 10 ans d’une guerre dans laquelle sont morts plus de 3000 soldats de la coalition dont 87 Français, la communauté internationale, les Etats-Unis et le gouvernement Karzaï recherchent le compromis avec les talibans, sur le dos des femmes.

Séquestration, tortures, meurtres, jets d’acide, mariages forcés : toutes les violences contre les femmes sont en hausse drastique.

- Mais des Afghanes résistent. Une centaine d’entre elles, accompagnées d’une poignée d’hommes ont manifesté à Kaboul après l’assassinat de Najiba. Elles veulent que les coupables soient traduits devant les tribunaux, elles veulent une justice normale, elles croient en l’existence de droits humains universels.

Ces femmes interpellent le gouvernement Karzaï et au – delà : « Communauté internationale, Où sont la justice et la protection des femmes ?” lit on sur une banderole en anglais.

Avant la tenue de la Conférence de Bonn sur l’Afghanistan le 5 décembre dernier, des associations de femmes afghanes avaient lancé un Manifeste pour défendre leurs droits reconquis et dire leur refus d’être sacrifiées sur l’autel d’un « processus de paix » conclu avec des talibans prétendument modérés et des terroristes.

En vain. Les temps ne sont pas à la défense des valeurs universelles, elles n’ont pas été entendues.

- Hanifa Safi, responsable des droits de la femme dans la province de Laghman, dans l’est de l’Afghanistan, vient d’être assassinée. Une bombe fixée sous sa voiture l’a tuée, a plongé son mari dans le coma et blessé 10 civils.

Farida Afridi a subi le même sort il y a quelques jours dans la zone tribale pakistanaise de Khyber frontalière de l’Afghanistan. Agée de 25 ans, elle se consacrait à la défense des droits des femmes en zone rurale. Elle a été assassinée près de Peshawar. On peut voir la photo de Farida sur le site d’une ONG amie, du moins ce que son niqab laisse voir. http://www.asafeworldforwomen.org/about/safe-world-blogs/chris-crowstaff/2773-murder-of-farida.html

Car, contrairement à la chanteuse pachtoune Ghazala Javed assassinée récemment elle aussi http://www.elle.fr/Societe/News/La-chanteuse-pakistanaise-Ghazala-Javed-assassinee-2091542, Farida respectait le code vestimentaire des talibans.

Son voile ne l’a pas protégée : aux yeux des talibans, oeuvrer pour le mieux-être des femmes Pachtoune du monde rural, les instruire sur leurs droits, était une faute impardonnable. Sa soeur Noorzia qui avait fondé avec elle l’association SAWERA entend poursuivre son oeuvre. Mais il faudra qu’elle soit protégée pour échapper aux tueurs.

Au quotidien les talibans poursuivent leur avancée à coup d’attentats contre les civils. Ce samedi, un attentat dit suicide a ciblé une fête de mariage, dans la province réputée calme de Samangan, au nord de l’Afghanistan. La mariée était la fille du parlementaire Ahmad Khan. Fait-elle partie de la vingtaine de morts ou des dizaines de blessés ? Son père, lui, a été tué.

- Faut-il se soucier de ces morts lointaines ?

Nous avons nos soucis, ils sont bien gros et on nous objectera qu’on ne peut prendre en charge toute la misère du monde. Que d’ailleurs le monde va si mal qu’il n’y a pas lieu de se focaliser sur ces actes. Certains parleront même d’islamophobie, consacrant par l’emploi de ce terme une victoire linguistique posthume de l’ayatollah Khomeiny qui l’avait introduit.

Mais le lointain a fait irruption dans notre société, virtuellement, par l’image mais aussi réellement par la modification de notre environnement moderne.

Certes les mal nommés crimes d’honneur ne sont en Europe qu’une petite part des violences faites aux femmes. Mais des marqueurs attestent de la progression de l’Islam politique, qui n’a rien à voir avec l’exercice de la liberté de culte et le respect de l’Islam spirituel.

Les interrogations soulevées par le développement du port de tenues islamiques “hard” – on n’en est plus au simple voile, hijabs, jilbabs et abayas poussent sous nos yeux comme des fleurs tristes – ne peuvent être balayées d’un revers de la main.

La colère devant les reculades successives du Comité International Olympique et de la FIFA pour autoriser, au mépris de leurs propres règles, le port du voile par des athlètes féminines, ne doit pas être ignorée.

Il faut entendre interrogations et colère au lieu de leur apposer le sceau de l’infamie en les taxant de racisme et de xénophobie. Le racisme consiste précisément à renvoyer des femmes à leurs origines pour les assigner à une ségrégation. Au premier rang de la résistance à ce phénomène, on trouve, ce n’est pas un hasard, celles qui ont dû s’exiler, d’Algérie ou d’Iran, pour fuir les islamistes et voient avec effarement ceux-ci les rattraper sur leurs terres de refuge.

Entre les horreurs qui se passent ailleurs et les accommodements d’apparence inoffensive consentis ici, il y a un rapport sur lequel il faut, à tout le moins, s’interroger.

Huguette Chomski Magnis

Publié le lundi 16 juillet 2012
par MPCT

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